Une plainte ignorée, des accusations graves : le drame Lyhanna sous tension.

Une plainte ignorée, des accusations graves : le drame Lyhanna sous tension.

EN BREF
En août 2025, Rosa, 10 ans, accuse Jérôme Barella de viols répétés, signalés depuis l’hôpital Purpan jusqu’à la gendarmerie de Plaisance-du-Touch.
Les premières investigations en Haute-Garonne avancent vite, avant que le dossier de Rosa n’atterrisse à Auch puis ne s’enlise entre BOP, parquet et gendarmerie.
Le rapport IGGN-IGJ retrace retards, erreurs et appels ignorés, dessinant une chaîne de protection défaillante dont les conséquences réelles continuent de hanter l’affaire Lyhanna.
Le 18 août 2025, en fin de journée, dans les couloirs de l’hôpital Purpan de Toulouse, une fillette de 10 ans dit l’indicible. Rosa, prénom modifié, raconte que le père d’une de ses amies, Jérôme Barella, l’aurait violée. Pas une fois. Pas deux. "Une cinquantaine de viols", indique la mission d’inspection, selon BFMTV. Sa mère est à côté, sidérée, après les "révélations de viols que l'enfant aurait effectuées auprès de son beau-père". Le beau-père a prévenu la police. Les gendarmes arrivent. Sur le papier, la machine judiciaire vient de se mettre en marche.

Rosa a 10 ans. Elle vit entre la Haute-Garonne et le Gers. Jérôme Barella, lui, est le père d’une amie, déjà connu du fichier TAJ pour des faits similaires en mai 2024. Et quelques mois plus tard, il deviendra le principal suspect de l’affaire Lyhanna, cette collégienne de 11 ans retrouvée morte le 4 juin 2026 dans un fossé du Gers. Entre les deux, il y a une plainte, des alertes répétées, un rapport d’inspection… et un constat glaçant : rien ne va se passer comme l’espéraient Rosa et sa mère.

Affaire Lyhanna : quand la petite Rosa parle, la gendarmerie agit
Tout commence donc à Purpan. Le rapport raconte : "Le 18 août 2025, en fin de journée, une mère de famille accompagnée de sa fille se présente aux urgences de l'hôpital Purpan à Toulouse, suite à des révélations de viols que l'enfant aurait effectuées auprès de son beau-père". La police est appelée. "Le chef de patrouille identifie la sensibilité de l'affaire au vu des déclarations de l'enfant évoquant une cinquantaine de viols par le père d'une de ses amies". Le 22 août, la mère dépose plainte à la gendarmerie de Plaisance-du-Touch.

Là, l’affaire est prise au sérieux. Un adjudant-chef expérimenté est désigné. Il dira avoir "tout de suite perçu la gravité. Pour moi, c'est un dossier prioritaire qui doit être traité". Audition de Rosa en salle Mélanie le 27 août. Actes médicaux, expertises psychologiques, tout est lancé. Le 8 octobre, "les actes et expertises sont intégralement réalisés", note le rapport, qui parle d’une "diligence des actes exemplaire". Le directeur d’enquête suggère même, le 10 octobre, un envoi électronique vers le Gers, évoquant un "risque éventuel de pluralité de victimes". Et c’est là que tout se dérègle.

Quand la plainte de la petite Rosa se perd dans le Gers
Territorialement, c’est le parquet d’Auch qui doit reprendre la main, puisque les viols allégués se seraient produits au domicile de Jérôme Barella, dans le Gers. Le dossier part par courrier. Il arrive au bureau d’ordre pénal le 10 novembre. Il n’est enregistré que le 2 décembre, après avoir été rangé par erreur dans la pile des procédures non urgentes. Les agents du BOP reconnaîtront ce mauvais classement. Le jour même, la procédure est mise dans une "pochette rouge dédiée aux urgences" et transmise au substitut en charge des mineurs.

A LIRE AUSSI